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L'Ensemble Gabriele Leone

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Histoire de la mandoline

Ces articles ont été rédigés par Didier Le Roux et Jean-Paul Bazin.

Les enregistrements qui y sont mentionnés font référence à notre CD "Cinq siècles de mandolines, 1300 - 1800".


L'époque médiévale : la guiterne

Dès la fin du 13e siècle, un petit instrument à cordes pincées et de forme bombée coexiste avec le luth. Il s'agit de la guiterne, un instrument représenté dans de nombreuses sources iconographiques (sculptures, peintures murales, enluminures, et même tapisseries) dispersées dans toute l'Europe occidentale. Doté d'un chevillier en forme de faucille, il est creusé dans un seul bloc de bois ; les quatre paires de cordes (plus rarement trois ou cinq) sont attachées à l'extrémité de la caisse, comme sur la mandoline moderne. Sa petite taille par rapport au luth indique une tessiture plus aiguë, et probablement un rôle de dessus. Comme le luth médiéval, la guiterne est jouée avec une plume d'oiseau. Elle était répandue dans toutes les classes sociales, les écrits nous la présentant tant à la cour des rois que la faisant rimer avec le mot taverne.

Au 14e siècle, un style nouveau, nommé l'Ars Nova, apparaît en France et gagne bientôt l'Italie. La pièce de Johannes Ciconia (1370-1412) est extraite de l'un des nombreux manuscrits de musique vocale de ce style.

Au 15e siècle, on mentionne des virtuoses de l'instrument, dont le plus fameux est sans doute Pietrobono del Chitarino à la Cour de Ferrare. Le luthiste et organiste allemand Konrad Paumann (1415-1473) compose une version instrumentale de la chanson Mit ganzem Willen, que l'on retrouve également dans une forme encore plus ornementée dans le livre d'orgue de Buxheim (vers 1460-1470). Nous avons enchaîné les deux versions dans cet enregistrement.

Guiterne - 13.4 ko
Guiterne
Carlos Gonzalez, 1991

Guiterne - 18.8 ko
Guiterne
Carlos Gonzalez, 1991

Le baroque français : la mandore

Sans doute éclipsée par la toute nouvelle " guitare renaissance ", la guiterne médiévale décline à la fin du 15e siècle. L'Allemand Sebastian Virdung la mentionne dans son traité Musica Getutscht daté de 1511 (" Quintern ") et l'espagnol Juan Bermudo décrit en 1555 un instrument semblable appelé " bandurria ". C'est semble-t-il d'Espagne, plus précisément de Navarre, que l'instrument va émigrer en France sous le nom de " mandore ", vers 1570. La caisse était soit taillée dans un bloc, à l'ancienne manière, soit " à côtes " comme les luths. Il y avait ordinairement quatre cordes simples accordées en quarte et quintes. Les témoignages du musicologue allemand Praetorius et du luthiste italien Piccinini sont confirmés par les inventaires dressés à la mort de certains luthiers parisiens : la mandore était très répandue en France, peut-être autant que le luth. Pourtant très peu de musique composée pour elle a survécu, conséquence sans doute de son utilisation surtout populaire : ce tout petit instrument pouvait se porter aisément sous le manteau.
La Tablature de mandore de François de Chancy , publiée en 1629 et dédiée au duc de Richelieu, Premier ministre du roi Louis XIII, constitue le répertoire le plus raffiné de cet instrument. Il contient six suites de danses commençant par une " recherche " non mesurée et une séries de branles. Chancy, dont c'était là la première composition, fut surtout connu par la suite pour ses chansons.

Mandore - 15.2 ko
Mandore
Carlos Gonzalez, 1995

Le baroque italien : la mandoline lombarde

La mandore française est bien implantée en Italie dès 1660 environ ; mais sa première apparition dans ce pays est bien plus ancienne : en 1589, elle fut utilisée lors du fastueux mariage de Ferdinand de Medicis avec Christine de Lorraine, à Florence. Les Italiens conservent d'abord les quatre cordes de la mandore, mais elles sont doubles et accordées à l'octave du luth, en quarte et tierces. Vers 1700, une cinquième corde grave est ajoutée, puis une sixième. Cet instrument, très prisé dans la première moitié du 18è siècle, est appelé à cette époque mandola ou mandolino . La technique de base étant assez simple, il était utilisé à des fins pédagogiques pour apprendre la musique aux débutants. Mais d'excellents professionnels, souvent luthistes ou théorbistes, en jouaient aussi. Les pièces les plus célèbres sont bien sûr les concertos de Vivaldi, mais cette mandoline fut employée aussi dans des airs d'opéra ou d'oratorio, en Italie et à Vienne, entre autres par Vivaldi, Bononcini et Ariosti.

Carlo Arrigoni était compositeur et luthiste à la cour de Florence ; il a composé plusieurs sonates pour mandoline et basse continue. Selon l'usage de l'époque, l'accompagnement est noté en " basse continue " : les accompagnateurs improvisaient à partir d'une partie de basse et de chiffres indiquant les accords. C'est souvent un clavecin, éventuellement renforcé par un violoncelle, qui accompagnait. Ici, nous avons utilisé un théorbe, sorte de grand luth grave à double manche, spécialement inventé au 17è siècle pour jouer les basses continues.

Ce n'est que très récemment qu'on a découvert que le grand claveciniste Domenico Scarlatti [1685-1757] a composé pour mandoline : à partir du manuscrit d'un mouvement d'une sonate en ré mineur intitulé Sonatina per mandolino e cimbalo que nous avons retrouvé à la Bibliothèque de l'Arsenal de Paris, le mandoliniste Ugo Orlandi a pu établir que l'instrument non spécifié sur la partition de plusieurs sonates de Scarlatti étaient bien la mandoline. La sonate en sol mineur enregistrée ici comporte en effet des accords typiques de la mandoline lombarde qu'aucun autre instrument ne peut jouer aisément. Bien sûr nous avons choisi le clavecin pour l'accompagner et la mettre en valeur.

Mandoline lombarde - 32.4 ko
Mandoline lombarde
E. Saunier, ca 1780

L'époque classique : la mandoline napolitaine.

Vers 1750 (ou plus tôt encore selon certains spécialistes) apparaît un type de mandoline très différent, qui deviendra très vite - et restera jusqu'à nos jours - la mandoline " standard ". Elle a quatre cordes doubles toutes métalliques (en laiton) sauf les chanterelles qui sont en boyau, elle est accordée comme le violon et on en joue avec un bec de plume d'oiseau. Cet instrument est peut-être né à Rome, mais les luthiers de Naples, en particulier la famille Vinaccia, l'ont porté à un si haut point d'excellence que son nom est resté à travers les siècles attaché à cette cité. Vers 1760, des compositeurs napolitains comme Majo, Barbella, Cecere et des mandolinistes tels que Giuliano ou Gervasio ont écrit des sonates, des duos, des trios et même des concertos pour cet instrument. Emmanuele Barbella était surtout violoniste ; ses nombreuses compositions pour mandoline ou violon, souvent inspirées par la Commedia dell'Arte , laissent transparaître ce caractère gai et humoristique qu'avait noté le musicologue anglais Burney en 1770.

Des mandolinistes italiens vont parcourir l'Europe pour faire entendre leur virtuosité et former des élèves. Gabriele Leone est le plus connu, le plus intéressant et sans doute un des meilleurs d'entre eux. Après avoir étonné les Parisiens en jouant des sonates pour mandoline au Concert Spirituel, il devient pour une saison l'impresario du directeur de l'Opéra de Londres, puis revient à Paris où il enseigne son instrument au Duc de Chartres, le futur Philippe-Egalité, père du roi Louis-Philippe. C'est à lui qu'il dédie son incomparable Méthode raisonnée pour mandoline en 1768. Leone est sans doute celui qui porte au plus haut point la technique de la mandoline à cette époque. Comme dans la 6è variation du 3è mouvement de la sonate enregistrée sur ce disque, il demande parfois de jouer deux notes différentes sur les deux cordes d'une même paire ; il faudra attendre la fin du vingtième siècle pour voir resurgir cette technique !

Des musiciens français comme Pierre (" Pietro ") Denis et Jean Fouquet (" Fouchetti ") vont apprendre la mandoline auprès de leurs collègues italiens. Concurrent de Leone, Denis satisfait plutôt les désirs des musiciens amateurs de la bourgeoisie, par exemple en arrangeant pour mandoline des " ariettes " d'opéras-comiques. Ce genre, mêlant chant et dialogues parlés, fut lancé par le philosophe et musicien Rousseau. Il met en scène non pas des princes et des dieux, mais des bourgeois ou des paysans qui expriment leurs sentiments plus simplement mais avec autant de " noblesse " que l'aristocratie, ce qui annonce les bouleversements sociaux de la révolution française de 1789. Aline, Reine de Golconde, de Monsigny, fut représentée en 1766; Denis en a publié des variations dans sa méthode de mandoline (1768).

Valentin Roeser est un musicien d'origine allemande qui a exercé à Paris. Il a beaucoup composé pour instrument à vents et orchestre symphonique. Ses Six sonates à deux violons et basse qui peuvent s'exécuter sur la mandoline (1769) sont dédiées au duc d'Orléans, troisième personnage du royaume, père de l'élève mandoliniste de Leone, le duc de Chartres. Ces trios sont caractéristiques de " l'école de Mannheim ", avec des phrases mélodiques courtes clairement structurées et des contrastes de dynamique piano / forte .

Mandoline napolitaine - 34.1 ko
Mandoline napolitaine
Wolfgang Früh, 1993

Le choix de la basse

Nous avons choisi d'exécuter la partie de basse du trio de Roeser sur un mandolone (aussi appelé liuto). Il s'agit d'une mandoline basse, accordée comme la guitare moderne, mais avec des cordes doubles jouées avec un plectre. Cet instrument, dont les musées conservent de très beaux spécimens de fabrication génoise, romaine ou napolitaine, fut utilisé essentiellement en Italie, tout au long du 18è siècle, surtout pour jouer la basse dans des trios ou des quatuors avec mandoline. Pour la sonate de Leone en revanche, nous avons utilisé un alto pour exécuter la " basse ", à l'octave supérieure de la partie éditée. Ce choix, qui peut paraître surprenant, fut pourtant probablement aussi celui du compositeur. A partir des années 1760 en France, la pratique de la basse continue disparaît peu à peu dans la musique de chambre, et la basse, qui n'est plus chiffrée, est souvent en fait une partie de violoncelle. Mais certaines pièces pour mandoline (sonates de Giuliano, trios de Barbella) indiquent l'alto comme instrument possible ou obligatoire pour interpréter la " basse ". Le même cas se rencontre dans des sonates pour violon (l'opus 1 de Leduc, par exemple), et la première édition des sonates pour violon et accompagnement d'alto de Joseph Haydn (Paris, Bailleux, 1775) est intitulée Six sonates à violon seul avec la basse . Il n'est pas aberrant d'envisager que l'accompagnement des sonates de l'opus 2 de Leone, publiées deux ans plus tard par le même éditeur, soit destiné au même instrument.

Mandolone - 61.3 ko
Mandolone
Carlos Gonzalez, 1987
(en haut : mandoline napolitaine attribuée à Gennaro Vinaccia, vers 1760)

L'aube du romantisme : mandolines milanaise, bresciane, crémonaise

Alors que la mandoline disparaît peu à peu en France après la révolution de 1789 et qu'elle n'est plus cultivée que dans des cercles restreints en Italie (en particulier à Florence) à la fin du siècle, cet instrument jouit encore, vers 1800, d'une certaine faveur en Allemagne, en Bohème et à Vienne, où plusieurs partitions sont publiées. Les dictionnaires de musique ont surtout retenu les pièces de Beethoven pour mandoline et clavecin, composées à Prague pour une jeune élève en 1796, et le concerto (1799) et la sonate pour mandoline et piano de Hummel (publiée en ?1810 ?). Ce pianiste allemand renommé a composé son concerto pour le mandoliniste italien Bartolomeo Bortolazzi, originaire de la région de Brescia. Ce virtuose, qui s'est surtout produit en Europe du Nord, jouait sur une mandoline accordée comme le violon, mais montée de cordes simples de boyau. Dans sa méthode Anweisung die Mandoline von selbst zu erlernen ( 1805 ), il nomme cette mandoline " bresciane ou crémonaise ". Ce nouveau type, qui n'arrivera jamais à supplanter les deux modèles classiques de mandolines (napolitaine et lombarde), est certainement une tentative pour " moderniser " cet instrument sur le modèle de la guitare : c'est en effet vers 1790 que les premières guitares à six cordes simples apparaissent (la guitare baroque avait cinq cordes doubles : il n'y avait pas de mi grave). Bortolazzi se produisait en concert accompagné par son fils à la guitare, et il est l'un des premiers à avoir composé des pièces (surtout des Variations sur des thèmes célèbres à l'époque) pour mandoline et guitare, formation qui deviendra très populaire à partir de la fin du 19è siècle. On reconnaîtra dans la pièce enregistrée ici (publiée en ?1809 ?) un thème de la symphonie " La surprise " de Haydn.

Mandoline bresciane / guitare romantique / mandoline milanaise - 20.4 ko
Mandoline bresciane / guitare romantique / mandoline milanaise
C. Albertini fin 19e / C. Gonzalez 1987 / S. Casini 1894

Giovanni Hoffmann est un compositeur viennois dont on sait peu de choses. Il a composé vers 1800 de belles pièces de musique de chambre où la mandoline s'associe en diverses combinaisons avec le violon, l'alto et le violoncelle, et un concerto pour mandoline et orchestre de chambre. La Sérénade enregistrée ici est l'unique véritable duo pour mandoline et alto composé à l'époque classique (cette longue composition comporte en plus deux menuets encadrant la Romance). Hoffmann a composé exclusivement pour mandoline à 6 cordes accordées en quartes : soit la mandoline lombarde à cordes doubles, soit la mandoline milanaise à cordes simples qui apparaît vers 1800 et qui continuera d'être utilisée dans le Nord de l'Italie jusqu'au début du 20è siècle.

A partir de 1820 environ, la mandoline subit une éclipse presque totale en tant qu'instrument " cultivé ". Elle subsiste uniquement comme instrument populaire en Italie et il faudra attendre les années 1870 pour la voir fleurir à nouveau dans toute l'Europe. Mais ceci est une autre histoire...


Mandoline électrique - 17.6 ko
Mandoline électrique
Thomas Dotzauer, 1989


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